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Le terme initial est en anglais. C’est le terme “planetary boundaries” qui est utilisée dans les papiers scientifiques.
Comment le traduire ?
Voici la définition d’une “planetary boundary” :
“A planetary boundary as originally defined is not equivalent to a global threshold or tipping point. As Fig. 1 shows, even when a global- or continental/ocean basin–level threshold in an Earth-systemprocess is likely to exist, the proposed planetary boundary is not placed at the position of the biophysical threshold but rather upstream of it—i.e., well before reaching the threshold. This buffer between the boundary (the end of the safe operating space, the green zone in Fig. 1) and the threshold not only accounts for
(1) uncertainty in the precise position of the threshold with respect to the control variable
but also
(2) allows society time to react to early warning signs that it may be approaching a threshold and consequent abrupt or risky change.”
Planetary boundaries: Guiding human development on a changing planet, Steffen et al, Science, 2015
De la lecture attentive de cette définition on peut tirer 4 arguments :
Le mot
Le terme de “limit” est absent de la définition alors qu’il aurait été très simple pour les scientifiques de l’utiliser.
La localisation de la “boundary”
S’il fallait utiliser le terme de limite il faudrait alors la définir à l’endroit même du seuil (threshold) ou du point de bascule (”tipping point”).
Cela n’est pas le cas : la “planetary boundary” est placée bien avant le point de bascule (”well before reaching the threshold”).
et 4. les raisons de la localisation
La position, en aval de la “planetary boundary”, c’est pour tenir compte :
-de l’incertitude de la position précise du seuil
-donner le temps à la société de réagir.
Cela fait 4 arguments dont chacun suffirait pour traduire “planetary boundary” en “frontière planétaire”, la convergence des 4 donne une assurance importante dans le choix de la traduction.
On peut reformuler en ce posant les 4 questions suivants :
Pourquoi traduire par limite le mot anglais “boundary” alors que “limit” existe ?
Quel sens cela a-t-il de traduire “boundary” par “limite”, pour faire signifier que “boundary” ne doit pas être franchi, alors que la “boundary” n’est pas placé sur le point de bascule mais bien avant ? Quand on dépasse la limite il se passe quelque chose de grave après, non ?
Pourquoi traduire “boundary” par “limite” (pour signifier que la “boundary” ne doit pas être franchie) alors que le positionnement de ladite “boundary” est imprécis ? Une limite c’est un lieu clairement délimité, non ?
Pourquoi traduire par “limite” un concept utilisé pour donner le temps à la société de réagir ?
Pour rester fidèle à l’esprit des concepteurs des “planetary boundaries”, la traduction française la plus pertinente semble bien être “frontières planétaires”.
Pour terminer 2 arguments tirés de la littérature publiée en français.
Aurélien Boutaud et Natacha Gondran ont publié un livre sur le sujet (Boutaud & Gondran, 2020). Ils expliquent qu’il est préférable de parle de frontières planétaires.
car
“Il ressort de la lecture qu’il paraît plus judicieux et prudent de définir des frontières planétaires (soit la valeur basse de l’incertitude, qui équivaut à un risque accru de perturbation du processus de régulation) que des limites (point de basculement ou tipping point) car les points de rupture sont imprévisibles [Zimmer, 2009], voire pratiquement inexistants dans la plupart des cas (CNRS, 2020) mais également parce que les processus de régulation interagissent et la perturbation de l’un affecte la régulation et/ou la résilience des autres (cf infographie ci-dessous).”
Ces 2 auteurs préfèrent parler de frontières plutôt que de limite alors même qu’ils reprennent le schéma du papier des “planetary boundaries” de 2015 où il font disparaître le terme initial de “threshold”/seuil pour y faire figurer celui de limite, absent de la publication originelle.
A fortiori donc il est largement préférable de parler de frontière planétaire car la notion même de limite quand on traite d’un sujet aussi complexe que le système Terre est inopérante.
https://exnaturae.ong/tour-dhorizon-des-limites-planetaires/
Deuxième exemple dans la littérature grise. Il est de moindre poids car moins focalisé sur le sujet mais il reste tout de même significatif.
Pablo Servigne et Raphaël Stevens ont publié “Comment tout peut s’effondrer” la même année (2015) que la mise-à-jour du cadre analytique des frontières planétaires.
Ils parlent fort à propos de la différence entre les “limites infranchissables” (métaux, fossiles…) et les “frontières franchissables” que sont les frontières planétaires.
Que ce distingo soit fait aussi tôt et avant l’engouement du grand public pour ce cadre analytique et que le vocable “limites planétaires” se répande continue de suggérer qu’il est largement préférable de parle de frontières planétaires et non de limites planétaires.
Au-delà de ces précisions sémantiques, le principal est le combat pour garder une planète habitable.
Vous pouvez participer à la Fresque des frontières planétaires pour mieux comprendre comment agir concrètement et garder une planète vivable pour tous.
https://www.1erdegre.earth/fresque-des-frontieres-planetaires
Voici un extrait de l’article de 2015 sur les frontières planétaires
“Although a systematic, quantitative analysis of interactions among all of the processes for which boundaries are proposed remains beyond the scope of current modeling and observational capacity, the Earth system clearly operates in well-defined states in which these processes and their interactions can create stabilizing or destabilizing feedbacks.”
PB, 2015
Faire des liens entre les frontières n’est donc pas l’objet principal de cette fresque mais cela n’est pas défendu :-)
Un aérosol est une fine particule, liquide ou solide, en suspension dans l’atmosphère. Cette définition est très large, et il y a donc plusieurs types d’aérosols.
Les aérosols troposphériques ont majoritairement un effet refroidissant sur le climat, via 2 effets : un effet direct car ils renvoient une partie de l’énergie solaire vers l’espace, et un effet indirect sur car ils augmentent la réflectance des nuages. (IPCC, AR6, WG1, Box TS. 1 et Sect 7.3.3.2)
A l’inverse, le carbone suie (“black carbon”), un aérosol qui se forme lors de la combustion incomplète d’énergies fossiles ou de biomasse, a un effet réchauffant. Quand ces particules se déposent sur la neige, elles diminuent son albédo et participent à sa fonte (IPCC, AR6, WG1, Sect 7.3.4.3). Le forçage radiatif associé au carbone suie est donc positif, et a été estimé à +0.08 [0.00 to 0.18] Wm-2 (IPCC, AR6, WG1, Sect 7.3.4.3). Cet effet réchauffant, n’est pas celui qui domine.
L’effet total des aérosols sur le forçage radiatif entre 1750 et 2019 est négatif (c’est l’effet refroidissant qui domine) et a été estimé à −1.1 [−1.7 to −0.4] W m−2 (TS & Sect 7.3.3.2, 7.3.5.2). Cela représente un refroidissement de –0.50 [–0.22 to –0.96] °C (Sect 7.3.5.2).
Les figures suivantes représentent les contributions de différents facteurs au forçage radiatif (à droite) et à la température (à gauche) : les aérosols troposphériques ont un effet négatif sur le forçage radiatif, et ont un effet refroidissant sur le climat.